CM du 22 septembre 2008 - Délibération 1-A 031 ENVIRONNEMENT

Politique de développement durable de la Ville de Grenoble

Intervention d’Olivier Bertrand

Monsieur le Maire, chers collègues, vous connaissez notre attachement à ce que l’on nomme le développement soutenable. C’est une préoccupation fondamentale de notre engagement politique écologiste, préoccupation heureusement partagée par de plus en plus d’élus, nous n’en doutons pas.

C’est aussi concrètement le travail de nombreux élus écologistes, dans de nombreuses collectivités : beaucoup sont en effet adjoint à l’environnement ou au développement durable, aux agenda 21 et à beaucoup d’autres questions qui relèvent du développement durable.

Les projets en cours de la Ville, cités dans la délibération, ont d’ailleurs souvent été portés par des élus écologistes dans le mandat précédent, que ce soit sur la qualité de vie nocturne, sur le projet éducatif grenoblois, sur le plan local en santé environnementale, sur l’accès à la vie sociale des personnes handicapées, sur la politique d’urbanisme et d’économie de l’espace. Beaucoup de nos collègues dans le mandat précédent ont travaillé sur ces questions.

Tout cela pour vous dire que notre engagement est important et il est sincère. Nous croyons réellement, vous l’avez dit en introduction Monsieur le Maire, qu’il n’y a un enjeu fondamental de civilisation à se préoccuper de ces questions qui sont elles-même liées au réchauffement climatique.

Pourtant à la lecture de la délibération qui nous est soumise, on ne peut s’empêcher de penser au Grenelle de l’environnement. Il est parti d’une démarche très large, très ambitieuse. Puis, à l’arrivée, tout le monde le sait, la montagne a accouché d’une souris. Il y a hélas souvent une grande différence entre l’affichage et la réalité, j’y reviendrai.

Pour ne pas repartir sur un débat sémantique, on pourrait revenir à la définition du développement durable. Vous avez donné, Monsieur le Maire, les 3 piliers : économique, social et environnemental. Mais il ne faut pas oublier qu’à ces trois piliers s’ajoute un enjeu transversal, indispensable, à la définition et à la mise en œuvre des politiques et à l’action relative au développement durable, c’est ce que l’on appelle la démocratie participative qui consiste -et là je site la déclaration de Rio – à « la participation de tous les acteurs – citoyens, entreprises, associations, élus- au processus de décision ».

Avec la délibération que vous nous proposez, on fait exactement l’inverse ! On commence par fixer les objectifs, les moyens d’agir et les moyens de suivi pour éventuellement, par la suite, aller communiquer tout cela aux Grenoblois.

Pourtant, on aurait quand même pu, je pense, aller regarder ce qui se fait simplement aux portes de Grenoble. A Echirolles, à quelques stations de tram d’ici, on a une Ville qui est considérée comme l’une des meilleures de France en la matière. Elle fait partie des 10 Villes exemplaires en matière d’Agenda 21 et il y a eu un énorme travail avec la population et les services avant de fixer les objectifs. Alors de notre côté, on a pris contact avec des élus de la Ville d’Echirolles et pas qu’avec des élus Verts : des élus communistes ou du Parti socialiste. Et nous leur avons soumis la délibération. Trois points les ont marqué :

– le fait qu’il n’y ait aucun chiffrage

– le fait que la délibération renvoyait souvent sur la responsabilité d’autres collectivités

– le fait qu’il n’y ait pas de hiérarchisation dans les priorités

A Echirolles, si je reprends cet exemple -mais on pourrait prendre le Conseil Général de l’Essonne ou même le Conseil Général de l’Isère sur un certain nombre de points- ils sont partis sur plus de 80 objectifs et puis finalement, ils en ont gardé un certain nombre parce qu’il fallait bien hiérarchiser à un moment ou un autre.

Il y a donc beaucoup d’objectifs dans la délibération qui, au risque d’être familier, ne mangent pas de pain, soit parce qu’ils sont déjà en cours de réalisation, soit parce que la délibération ne fait que renvoyer aux autres collectivités. Il est d’ailleurs intéressant de noter tous les conditionnels dans l’écriture des objectifs. Alors, on peut en lister quelques uns...

– le tram, « ça mange pas de pain », c’est du ressort du Syndicat Mixte des Transports en Commun (SMTC) qui est très en retard, faute de financement (et j’y reviendrai aussi)

– le train, « ça mange pas de pain », le shunt qui est cité par la délibération pour améliorer la desserte TGV de Grenoble, bien sûr qu’on y est tous favorables à cette desserte TGV plus rapide. Ça coute dans les 500 millions d’€, il faut quand même le savoir, alors on peut le demander mais pour l’instant, on n’a pas été entendus.

– Plans de Déplacements Entreprise (PDE), « ça mange pas de pain », il y en a déjà plus de 130 signés dans l’agglomération, plus de la moitié des salariés sont couverts par un PDE et c’est tant mieux. Mais on n’a pas beaucoup de prises sur les PDE signés par les entreprises en tant que Ville de Grenoble.

– Soutenir Tennerdis, « ça mange pas de pain », Tennerdis, le pôle de compétitivité qui est intéressant mais basé à Bourgoin. Même s’il y a des actions qui sont menées en d’autres endroits de l’agglomération, c’est très peu la Ville de Grenoble qui peut intervenir sur Tennerdis.

– Sur l’éducation à l’environnement, la délibération parle de « poursuivre les actions de sensibilisation »

– Préserver les ressources en eau, rien de nouveau dans la délibération non plus

– Poursuivre la Biennale de l’Habitat, bien heureusement, on n’a jamais entendu dire qu’elle serait sautée

– Soutenir les associations environnementales, rien de très concret, c’est déjà le cas depuis des dizaines d’années et les subventions ne sont clairement pas à la hausse

Voilà ce qui mange pas de pain. On pourrait dire que ce n’est pas bien grave puisque souvent cela renvoie aux responsabilités d’autres collectivités...

Par contre, il faut vraiment se pencher sur ce qui est de notre propre responsabilité. Mais hélas, je l’ai dit, cette délibération ne comporte aucun chiffrage ; On serait donc dans l’obligation de vous croire sur parole ; Je vais donc faire un petit point sur ce qui est fait déjà et là, on peut déjà être un peu inquiet...

– Sur les Jeux de Neige, toutes les associations, je les ai rencontré la semaine dernière à la Maison de la Nature et de l’Environnement de l’Isère (MNEI), sont furieuses. Elles ont l’impression de s’être fait dupées avec cette volonté affichée de jeux du développement durable. La FRAPNA l’a clairement exprimé, vous avez dû le voir dans l’article de Grenews. Ils soutenaient une démarche de jeux olympiques du développement durable et puis, ils voient les Jeux de neige avec des tonnes de neige artificielle dans le Parc Paul Mistral. Il y a de quoi être inquiet !

– Sur le vélo, j’avoue avoir été encore plus surpris par la petite note qui nous a été rajoutée au dernier moment -c’est d’ailleurs toujours un peu embêtant, on a une délibération et au dernier moment, on nous donne, en séance, des objectifs. Sur le vélo, je vois que rien ne sera entrepris avant 2013 ! C’est vraiment inquiétant quand on voit que d’autres villes qui ont changé de majorité récemment ont déjà entrepris des politiques vraiment ambitieuses sur le vélo, on peut se demander pourquoi on attend aussi longtemps. Par exemple, la Ville de Colmar -pas la même majorité que vous Monsieur le Maire- subventionne de 100€ l’achat d’un vélo neuf, tout de suite, 3 millions d’€ pour la promotion du vélo. A Toulouse, ils font plus que le système « Velib » : on a un système de location au mois ou à l’année du vélo pour 50€ et ça a été mis en place très rapidement. Une petite anecdote : si vous étiez au final du Cabaret Frappé, il y avait pas loin de 2000 vélos pour 12 à 13 000 participants. C’est dire si, quand les conditions sont réunies, on a vraiment des populations, dans notre agglomération, qui sont tout à fait aptes et qui ont juste besoin d’être soutenues dans leurs usages du vélo.

– Sur la Rocade, elle est citée dans la délibération pour être mieux glissée sous le tapis, avec l’idée d’en faire un bilan carbone. Tout le monde sait qu’une étude de ce type-là dépend avant tout des hypothèses qui sont soumises à l’étude. Mais on a aucune idée de ce que sera le trafic d’ici 15 ans. On sait par contre que la Rocade coutera au minimum 600 millions d’€ et, d’après une information que l’on a, plus dans les derniers chiffrages. Si on veut faire un bilan environnemental, il faut donc comparer des investissements : quel bilan carbone avec un scénario avec et un scénario sans Rocade ? Pour information – on va d’ailleurs en parler dans une prochaine délibération sur la concertation sur la ligne E- la Ville demande l’étude d’une ligne de tram vers Meylan. Les premières estimations à la louche du SMTC donnent un coût total de la ligne E complète à 600 millions d’€ pour une ligne complète du Fontanil à Meylan. Le SMTC a une capacité d’investissement maximale -quasiment in-atteignable d’ailleurs si on ne maintient pas les versements de la Métro et du Conseil général- de 290 millions d’ici la fin du PDU en 2012. On a donc un problème, sachant qu’il faut réaliser le prolongement de la ligne B, la ligne complète E demandée par la Ville et le Conseil Général. Où va-t-on trouver les 300 à 400 millions d’€ ? Seul le Conseil général a la capacité financière de porter ces projets mais il est déjà engagé sur un autre projet, vous le savez très bien, la Rocade Nord ! On l’imagine mal payer les deux factures... Il faut quand même rappeler que c’est pourtant toute la justification du Plan de Déplacements : la Rocade servirait à faire mieux circuler les transports en commun en ville. Mais voilà, personne n’a les moyens des ambitions affichées. On fera donc la Rocade avec son bilan carbone qui sera a priori bon -puisque basé sur une hypothèse fictive- et on va repousser de plusieurs années les lignes de tram votées au Plan de Déplacements Urbains (PDU). La délibération n’ose d’ailleurs plus présenter la ligne E pour 2012 et elle a bien raison puisque le président du SMTC vient, cet après-midi, de confirmer que la ligne E vers le Fontanil n’était certainement pas réalisable avant 2014. Vous le lirez sûrement dans la presse demain. Là encore, il faut rappeler que cette ligne est pourtant inscrite au PDU pour 2012 : on a donc un retard sur cette ligne avant même la phase de concertation.

On a là un exemple concret de décalage entre l’affichage et la réalité. On voit bien dans cette délibération qu’un travail a été effectué, il y a même sûrement des ambitions et des personnes qui les portent sérieusement mais... Que seront ces ambitions quand il faudra faire des choix ?

Pour notre part, nous nous refuserons à cautionner un simple affichage, nous attendons les actes !

Délibération adoptée

Votes

Ne prennent pas part au Vote : 6 (Verts, Ades, Alternatifs)

Contre : 9 (UMP)

Pour : 44 (PS / MoDem / PC / Go)


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Groupe Écologie & Solidarité
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