Conseil Municipal du 17 juin 2013

Débat sur le projet d’aménagement urbain de l’Esplanade

par Olivier Bertrand


Notre collègue Hakim Sabri a exposé les raisons pour lesquelles ce projet ne correspond pas à ce que nous souhaitons pour le quartier de l’Esplanade.

Il nous semble aussi important de le remettre dans le contexte grenoblois, en tenant compte de ce qui a évolué depuis maintenant 5 ans.

Tout d’abord, depuis le début du mandat, tous les grenoblois ont constaté une frénésie immobilière sur la ville : on ne compte plus les immeubles qui ont poussé dans tous les quartiers, sans même parler des projets à venir sur les ZAC comme à Flaubert ou à Berriat sur les usines A Raymond.
On peut partager l’idée de construire pour faire face à la crise du logement. Mais on ne construit pas une ville contre ses habitants M. le Maire. Aujourd’hui, plus personne n’accepte cette fuite en avant immobilière. C’est l’image même de la ville qui se dégrade auprès des grenoblois eux-mêmes.
Vous dites souvent qu’il faut construire pour éviter que les familles partent habiter à 30 kilomètres de Grenoble. Il faut évidemment lutter contre ce mitage péri-urbain qui est une vraie catastrophe écologique. Mais ce n’est pas en dégradant notre cadre de vie qu’on incitera les familles à rester vivre en ville.
Lors de la biennale de l’habitat durable la semaine dernière, un débat a permis de mettre en avant le fait que, dans les villes denses comme Grenoble, il était indispensable de sanctuariser certains espaces publics. C’est ce que l’on peut appeler un « compromis urbain » indispensable si l’on veut que la ville évolue.

Le plus important aujourd’hui est de tenir compte des réalités et donc de sortir d’une logique mégalo de notre ville. Nous pensons que 2 actualités rendent se projet de 1200 logements sur un espace emblématique complètement obsolète.

Il y a d’abord un retournement complet du marché immobilier sur Grenoble, et sur Grenoble plus qu’ailleurs, depuis bientôt 2 ans. Par ailleurs, le marché est certes fluctuant, mais en général il évolue sur des dizaines d’années et s’appuie sur des tendances de fond.
D’après les professionnels du secteur, il y a deux tendances de fond qui viennent freiner la flambée du marché immobilier : un tassement de la décohabitation et un tassement de l’augmentation de l’espérance de vie. La demande que l’on pourrait qualifier de « sociologique » de logement va donc diminuer.
Il y a aussi des facteurs purement grenoblois : le nombre d’étudiants sur l’agglomération est en légère baisse et le nombre d’étudiants qui ne sont pas d’origine grenobloise est en baisse plus sensible, de l’ordre de 2% en 5 ans.

Parallèlement, il y a eu une très forte production de logement, on l’a dit, ces dernières années. Une véritable « bulle immobilière » créée notamment par des niches fiscales comme le dispositif Scelliers.
Le résultat, c’est que le marché est en crise. Il suffit de lever la tête en ville pour voir que le nombre de pancarte annonçant des appartements à louer a explosé. Concrètement, les agences grenobloises ont aujourd’hui plus de 8% de biens à louer immédiatement qui ne trouvent plus preneurs. Les loyers dans l’ancien sont en forte baisse depuis un an. Même dans le neuf, les prix sont revus : il y a 15 jours, un des derniers appartements en location de 40m² en BBC sur Blanche Monnier s’est loué 420 €. Il y a moins d’un an pour la même surface, on était autour de 480 €.
Alors, évidemment, on pourrait se réjouir de ce retournement de tendance. Mais la brutalité de ce changement a des effets qu’il ne faut pas négliger. On ne va pas rentrer dans le détail, ces effets sont connus par les professionnels. certains ont été évoqués en commission. Il y en a un que tout le monde a en tête : l’augmentation du nombre d’appartements non loués et de copropriétés dégradées.
Ce qui est terrible, c’est que cette situation ne bénéficie même pas aux ménages précaires qui de toute façon, n’ont pas les moyens d’accéder à un logement privé, même quand les prix baissent. Pour eux, c’est avant tout une politique volontariste de logement social qui s’impose.

Pour la vente, le marché n’est pas encore aussi bouleversé mais les professionnels grenoblois notent un fort essoufflement et une baisse des prix déjà confirmée dans l’ancien.

Aujourd’hui la priorité sur Grenoble n’est donc pas de produire des milliers de nouveaux logements mais d’accompagner la mutation et la rénovation du parc existant. Il faut par exemple une politique de type Mur Mur mais à plus grande échelle. C’est la base même de la transition écologique et c’est, toujours d’après ce qui a été dit à la biennale, le premier gisement d’emploi des années à venir.

En plus du retournement de tendance du marché, il y a un événement purement grenoblois qui incite à envisager complètement différemment la question du logement. En juillet devrait être votée la loi créant les Métropoles. Notre collègue Jacques Chiron est à l’origine d’un amendement qui permettra à Grenoble de faire partie du lot des 11 Métropoles françaises.
Une des conséquences directes de ce nouveau statut sera le transfert, au moins partiel, de la compétence urbanisme à l’échelle métropolitaine.
On a répété à plusieurs reprises dans cette assemblée, et nous sommes unanimes à le reconnaître : de nombreuses communes de l’agglomération ne font pas beaucoup d’effort en matière de logement. Il suffit par exemple de passer le pont de Catane pour s’en rendre compte : d’un coté du pont à Grenoble, des immeubles de 11 étages, de l’autre des hectares de terrains où il resterait beaucoup à faire.
Avec la Métropole, nous pourrons raisonner à la bonne échelle : il ne sert donc à rien de vouloir sur-densifier la commune centre en dépit du bon sens. Demain il sera possible de mener une politique d’urbanisme intelligente pour faire de Grenoble et de son agglomération une ville à taille humaine.

C’est en tout cas ce que nous défendrons pour les échéances à venir.




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