Conseil Municipal du 17 juin 2013

Débat sur le projet d’aménagement urbain de l’Esplanade

par Hakim Sabri


Je commencerai mon intervention par une citation : "Blanche Monnier à l’île verte, Bajatière, Caserne de Bonne ... Peu à peu, les espaces de respiration disparaissent pour laisser place à des opérations publiques ou de promotions privée… moins d’espaces verts, moins de distance entre les immeubles, plus de hauteur, plus de surfaces constructibles, moins de stationnement... tout ceci entraîne la disparition des petits espaces (maisons individuelles, jardins...).
Il est nécessaire de programmer les projets immobiliers et de réduire leur impact sur les quartiers et la vie des habitants et d’anticiper sur les équipements publics nécessaires aux nouvelles populations."

Certains vont peut-être penser qu’il s’agit là de la déclaration d’un membre d’un collectif d’habitants type « Vivre à Grenoble », un vrai plaidoyer en effet contre la densification, d’autres plus perspicaces, mais on aurait pu s’y tromper, auront reconnu les extraits d’un tract de campagne de Mr Philippe de LONGEVIALLE pour les élections législatives de 2007 avant qu’il ne rejoigne l’actuelle Majorité municipale et ne se mette subitement à défendre l’inverse avec la plus grande conviction

Ceci étant dit nous voudrions remercier M. de Portzamparc pour les précisions qu’il nous a apportées lors de la réunion du 24 mai et confirmées dans le diaporama, concernant les contraintes qui lui ont été imposées, et pour nous avoir indiqué qu’il y avait différents projets possibles et non pas un seul, comme cela a toujours été avancé.
Malheureusement ces différents projets possibles n’ont pas été mis au débat public !

Merci aussi au CCS2 d’avoir soulevé un certain nombre d’interrogations qu’il aurait été judicieux de se poser avant de lancer un tel projet.
Et surtout, merci à l’association Vivre à Grenoble qui a permis que s’exprime fortement les doutes, les désaccords et les refus de nombreux habitants face à ce projet. C’est grâce à son action citoyenne qu’existe pour la 1re fois, un débat public contradictoire sur ce projet.
En introduction de la Charte de la Démocratie Locale, dont l’absence d’application sera l’un des points noirs de ce mandat, il est écrit par Monsieur le Maire :
« Les citoyens, à Grenoble comme ailleurs, souhaitent prendre part au processus de décision et obtenir un droit d’expression « utile »… Les politiques ont évidemment besoin des citoyens pour construire leurs décisions… Cela nécessite, au quotidien comme sur le plus long terme, de nous appuyer sur l’expertise d’usage des habitants, d’entendre leurs attentes mais aussi de chercher avec eux, avec vous, des réponses. Il s’agit donc de construire une nouvelle relation de confiance et d’échanges, de redonner du souffle à notre système démocratique, de lutter aussi contre la distance qui peut parfois s’instaurer entre les responsables politiques et les citoyens. »

Force est donc de reconnaitre que le projet Esplanade est vraiment une démonstration caricaturale de ce qu’il ne faut pas faire et que nous sommes bien loin des intentions de la Charte

Toutes les options fondamentales et fondatrices de ce projet ont été imposées sans aucune véritable discussion publique. Discuter de la hauteur des immeubles ou de la largeur des rues est très intéressant mais n’a aucun intérêt si en préalable les questions de fond ne sont pas mises sur la table

  • 1re contrainte imposée : La position de la ligne de tram, imposée dès le départ. Pas de débat possible, c’est une erreur reconnue lors de l’enquête publique, mais rien n’y a fait.
  • 2e contrainte imposée : il faut 1200 logements. Dans le projet de candidature des JO 2018, l’Esplanade devait accueillir une partie du village olympique et de presse. Ce chiffre de 1200 logements était-il lié à cet objectif ? A-t-il été réévalué après l’échec de la candidature grenobloise ? Qui en a décidé, où et quand s’est déroulé le débat ?
    On nous dit que le contrat d’axe entre le SMTC et les communes accueillant le tram E imposerait ce chiffre ? Ce contrat a d’ailleurs été concocté dans la plus grande discrétion, là encore sans aucun débat public et n’a donc à nos yeux aucune légitimité. De plus pour l’avoir étudié, il n’impose pas un nombre de logement à réaliser sur l’Esplanade. Mais on construira 1200 logements. Pourquoi ? Mystère dont vous détenez certainement le secret...
    D’ailleurs il semble que ce chiffre soit depuis abandonné. Quel est le vrai nombre de logements projeté, alors ?
    Il y aurait pourtant matière à débattre sur la politique actuelle du logement à Grenoble, qui organise la fuite de nombreux Grenoblois vers le périurbain à cause des prix que ce soit en accession ou en location. Mais de toute évidence cette question du prix du logement n’a jamais été une exigence de fond pour ce projet comme pour d’autres.
  • 3e contrainte imposée : l’autoroute A 48 doit disparaître. Excellente idée que de vouloir supprimer cette arrivée d’autoroute au centre d’une ville, mais comment ? d’un coup de gomme comme sur les plans présentés ? Aucune étude sérieuse des conséquences de cette suppression sur les déplacements n’a été menée. L’étude d’impact est particulièrement indigente à ce sujet. Faire croire que demain tout sera réglé comme par miracle n’est pas acceptable. L’Esplanade deviendrait ainsi un éco-quartier par l’effet d’un pont en aval. Or les informations obtenues auprès du Conseil Général nous indique que ce projet n’a fait l’objet d’aucune délibération. Et quand bien même serait-il réalisé, que faire des flux de circulation ? Il y a d’ailleurs des contradictions fortes entre les deux ZAC Presqu’île et Esplanade, chacune renvoyant chez l’autre un flux de voiture qu’elle ne pourra pas gérer. Mais comme par magie tout va se réguler. Nous sommes désolés mais nous ne croyons pas aux miracles dans les politiques publiques. Nous avons plutôt confiance en des études sérieuses partagées avec la population qui connait souvent mieux les problèmes qu’un certain nombre de technocrates locaux.
  • 4e contrainte imposée : On supprime sans débat les fonctions importantes remplies par l’Esplanade sans savoir par quoi les remplacer. Quel lieu pour la Foire des Rameaux installée là depuis 1934 et pour toutes les autres manifestations populaires accueillies à cet endroit ? Nous ne savons toujours pas où elles pourront s’installer avec la même attractivité pour l’ensemble de l’agglomération.
  • 5e contrainte imposée : On bloque 6 hectares pour un grand parc le long de l’Isère et ceci n’est pas ouvert à la discussion ?
  • 6e contrainte imposée : On apprend que c’est la majorité municipale qui a imposé la fameuse tour en entrée de quartier comme le phare indiquant l’arrivée dans le port. L’idée semble depuis abandonnée ? Où va-t-on construire les logements prévus ? personne n’en sait rien. Peut être sont-ils supprimés ?

Et enfin pour terminer : il n’y a pas eu de discussion ouverte avec les communes voisines, ni au niveau de l’agglomération sur ce projet. Cela semble incroyable mais c’est bien après le lancement de la « concertation » que votre majorité s’est souciée de demander aux autres communes de l’agglomération de l’aider à trouver un terrain pour la Foire des Rameaux.
Alors comment voulez-vous qu’avec les contraintes que nous venons d’énumérer et sans débat public, ce projet soit acceptable ? Ce n’est pas ici l’homme de l’art qui est en cause, notre propos n’est donc pas de critiquer le projet architectural mais bien ses options politiques essentielles imposées sans aucune discussion publique.
Il ne s’agit donc pas aujourd’hui d’essayer de sauver ce projet par quelques nouvelles acrobaties, mais bien de revenir aux fondamentaux de la démocratie, c’est-à-dire de revenir à la discussion des options qui pourraient fonder la création d’un nouveau quartier de la ville et de l’agglomération.

On a le temps… un projet urbain se construit lentement si on veut qu’il soit réussi, notamment en y intégrant tous les équipements publics nécessaires tels que les groupes scolaires particulièrement oubliés au nord de cette ville, et toutes les activités diverses qui font la vie d’un quartier.

En ce qui concerne les options fondamentales à réfléchir, il y en a une qui a été soulevée par l’autorité environnementale à propos du projet de ZAC : ce projet ne respecte pas certaines servitudes d’utilité publiques édictées dans la ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager), notamment sur la sauvegarde du grand paysage de la Bastille.
Le 17 juin 2011, il y a exactement 2 ans, l’autorité environnementale saisie du projet de ZAC précisait :« Le service territorial de l’architecture et du patrimoine de l’Isère fait remarquer que ce projet d’aménagement de la ZAC Esplanade n’est pas compatible avec un certain nombre de points règlementaires de la zone ».
L’AVAP (aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine) va remplacer la ZPPAUP, il est important qu’elle défende avec encore plus de force le patrimoine paysager de la Bastille qui est unique et qu’il ne faut pas sacrifier. L’enquête publique se termine le 28 juin, c’est le moment d’y participer.
Nous demandons l’étude de plusieurs scénarios pour ce nouveau quartier, afin que les Grenoblois puissent discuter sur différents choix possibles et être consultés conformément à l’article 10 de la charte de la démocratie locale
Article 10.
Sur chaque « grand projet » relevant de sa compétence, la Ville de Grenoble s’engage à mettre en place une consultation des Grenoblois.

Pour cette consultation, nous proposons comme question à poser : Souhaitez-vous que la ville élabore de nouveaux projets pour l’Esplanade en y associant les habitants ?
Il y a urgence sur cette question puisque cette consultation ne pourra plus avoir lieu après le 1er octobre 2013, à cause des élections municipales. Si la majorité veut enfin appliquer la charte de la démocratie locale elle doit le voter dès maintenant ou au plus tard en juillet.
Dans le cas contraire la consultation des Grenoblois aura lieu lors des élections municipales

En conclusion, nous voudrions encore citer celui qui porte ce mauvais projet et qui disait lors des élections municipales de 2008 à propos d’une démocratie participative rénovée :
« Rien n’est plus difficile que d’associer les habitants dans une concertation active, qui soit efficace et sincère, sans tomber dans le gadget ou la fausse consultation.
Les unions de quartier ont un rôle majeur. Les associations et les habitants qui veulent être acteurs de la gestion de leur ville doivent pouvoir trouver des instances adaptées, indépendantes et disposant de moyens de réflexion et de proposition. »

Nous en sommes malheureusement loin.

Aucun moyen de réflexion et de proposition n’ont été mis à la disposition des habitants sur ce projet. Nous souhaitons la mise en œuvre d’une vraie co-construction avec les habitants, pour tous les grands projets qui façonnent la ville de demain, ville que nous voulons à taille humaine et pour tous. Reprenons donc ce projet depuis le début.
Il n’est pas trop tard, il est encore possible de rêver, et de construire collectivement ce quartier « Entrée de ville » qui fera la fierté de tous les Grenoblois.




Groupe Écologie & Solidarité
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